Une vie pour deux : un amour fragmenté

Texte d’Évelyne de la Chenelière, d’après un roman de Marie Cardinal
Mise en scène d’Alice Ronfard

Uvie2Lors de vacances bien méritées, sur une plage isolée en Irlande, le projet de repos d’un couple éclate à la découverte d’un corps sur la plage. Une femme morte, tout à fait inconnue d’eux, mais non méconnue de l’endroit. Une femme qui revient à sa terre natale par les voies de l’océan, berceau tellement vaste et lui-même énigmatique.

Rafistolant le peu d’informations qu’ils obtiennent à son sujet au village, le couple s’aperçoit tout à coup que cette inconnue est devenue indispensable à leurs échanges et à leur relation, comme pour combler un vide qui s’est creusé avec le temps dans leur amour mutuel… S’abreuvant des paroles vivifiantes qu’ils lui accordent, l’inconnue reprend vie et s’immisce pernicieusement dans leur quotidien. Un quotidien refoulé et étouffé, depuis trop longtemps, mais qui reprendra le moyen de l’expression, du langage et de la poésie grâce à cette présence étrangère. Autour d’une table imprégnée de la trace laissée par le temps, ils sont à la recherche d’un amour flétrit, presque perdu. Jean (Jean-François Casabonne) semble moins affecté par cette perte de sens. Il se réfugie derrière l’imagination, derrière la récente découverte de cette morte, Marie, (Évelyne de la Chenelière) qui prend désormais toute la place et laisse le soin de la parole à sa femme, Simone, très autoritaire en son genre (une touchante Violette Chauveau, qui a remporté le prix d’interprétation féminine de l’année 2012 avec ce rôle). D’une joute verbale anodine, c’est peu à peu tout un univers qui se glisse et se perd entre chacun. Leur communication n’est devenue qu’un symbole de leur affection.

Même si l’intrigue de la pièce est parfois trop louvoyante, l’oeil et l’ouïe ont de quoi s’émerveiller par le côtoiement de la poésie de l’écriture et celle des corps (particulièrement celui d’Évelyne de la Chenelière, qui opère des mouvements ondulatoires et des chutes lentes fascinantes pour une ‘‘morte’’). Un climat de tension et de mystère se glisse avec souplesse par la mise en scène et la scénographie, et soutient bien les échanges intimes entre les acteurs, qui sont vibrants d’éloquence.  

Présenté au Théâtre Espace Go, jusqu’au 2 novembre.

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