Marie Tudor de Victor Hugo : oser interpréter un classique

Texte de Victor Hugo
Mise en scène de Claude Poissant
Avec Lucien Bergeron, David Boutin, Rachel Graton, Kevin Houle, Simon Lacroix, Julie Le Breton, Jean-Simon Leduc, Michel Mongeau, Jean-Philippe Perras, David Savard, Richard Thérieault.

crédit Robert Etcheverry

crédit Robert Etcheverry

Une bible dans le théâtre de répertoire, Marie Tudor est une transposition fictionnelle de faits historiques, écrite par une main issue du courant romantique : Victor Hugo. Rien de moins. Une saga amoureuse et politique, avec des personnages humainement complexes et tourmentés, déchirés entre leurs choix personnels et leur autorité publique. Les complots et caprices d’une minorité qui dirige tout un peuple, obligé malgré lui à en subir les conséquences. Mais la particularité de ce classique aux allures shakespearienne est que cela passe par la voix d’une femme, dans un monde d’hommes. Une femme à la puissance forte puisqu’elle détient contre tous la seule et unique couronne.

Derrière tout grand homme se cache une femme, dit-on. Marie Tudor est à la fois cet homme et cette femme. Elle fait preuve de férocité dans la bataille pour le respect de ses ordres, mais demeure sa propre bête à dompter lorsqu’elle se laisse manipuler par ses désirs personnels. Amoureuse et trompée par un jeune Italien fougueux et ambitieux, Fabiano Fabiani, alors qu’elle est promise au prince d’Espagne, elle cherche à se venger pour son honneur et son amour-propre. Se venger, c’est aussi le souhait d’un homme du peuple, Gilbert, contre sa femme Jane, nouvelle flamme de l’opportuniste Fabiano. Ce quatuor amoureux se forme et se reforme d’un tableau à un autre jusqu’à la sentence finale, c’est-à-dire la mise à mort de l’un des deux.

J’ai été agréablement surprise des choix osés du metteur en scène Claude Poissant et de l’équipe technique pour éclairer sous une lampe moderne cette pièce de répertoire. Tant au niveau des costumes que de la scénographie (épurée et sublime, qui se maintient à une structure de trois arcades et qui permet trois niveaux de jeu), ou encore de l’éclairage (qui apportait tout un univers et une portée dramatique essentielle pour compléter les lieux et les enjeux de cette vision de la production). Sans parler du dédoublement des interprètes en musiciens, dissimulés sur scène pour accompagner l’action principale, grâce à une résonnance tribale et imposante (des compositions de Philippe B.). Ces interprètes ont d’ailleurs relevé un sacré défi en tant que comédiens, en proposant une palette nuancée des tempéraments contradictoires de leurs personnages et en évitant de tomber dans le parterre des fleurs bleues du penchant romantique de l’auteur. Particulièrement Julie Le Breton, qui devait s’imposer dans un personnage féminin plus grand que nature, aux sautes d’humeur extrêmes facilement négligeables. Elle y plonge et les dévoile pleinement avec humour (ce qui provoque de temps à autre un fou rire pour alléger ce drame politique) tout en parvenant, la plupart du temps, à une interprétation bien dosée. Magnifique spectacle d’un classique revisité avec risque… et succès!

Présenté au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 12 février.

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