Le cellulaire d’un homme mort : la sonnerie de l’absurde

Texte de Sarah Ruhl
Traduction de Fanny Britt
Mise en scène de Geoffrey Gaquère

Avec Johanne Haberlin, Patrick Goyette, Christiane Pasquier, Isabelle Roy, Félix Beaulieu-Duschesneau.

crédit David Ospina

Crédit : David Ospina

crédit David Ospina

Crédit : David Ospina

Le cellulaire d’un homme (celui de Gordon, interprété par Patrick Goyette), retentit sans fin dans un restaurant. Une femme se trouvant tout près de l’homme (Jean, interprétée par Johanne Haberlin), exaspérée par la sonnerie, s’en approche et constate sa mort.  Elle répond.  Une première fois, une deuxième… puis, à chaque nouvel appel. Elle se fait porte-parole de la mort de l’individu pour tous ses proches, tant sa famille que ses amis et collègues de travail. La femme sans cellulaire portant un chapeau melon, isolée dans un coin de restaurant, devient alors cette bienheureuse salvatrice constamment quémandée et, même, aimée.

Histoire simple, sans grand retournement outre l’anecdote principale (mais celle-ci est déjà particulièrement farfelue), ce qui fait place à une grande liberté d’interprétation. Et là-dessus, l’équipe derrière Le cellulaire d’un homme mort semble s’être payé la traite. Au-delà du propos psychologique, voir sociologique, de cette nouvelle dépendance au cellulaire, de la disponibilité de chacun, des nouveaux moyens d’approche et d’entretien de relations, etc., la leçon est loin d’être livrée dans un discours moralisateur. Bien au contraire, elle requestionne le phénomène par un humour mordant, voire complètement disjoncté et absolument divertissant!  Un décor carton-pâte aux couleurs excentriques, très fortement inspiré de la facture cinématographique de Beetlejuice, des personnages « téléromanesques » hyper caricaturés mais bien nuancés, un mélodrame loufoque bien rarissime en son genre au Québec.  Cette pièce pourrait être qualifiée d’absurde à souhait (à la sauce « Ionesco » contemporaine nord-américaine), mais bien soutenue par l’interprétation des comédiens et de la mise en scène.  L’énergie vivante sur scène demeure cependant fugace puisque les comédiens, ayant commencé en force dans l’arène de ce délire, semblent à bout de souffle vers les derniers tableaux.  L’originalité du projet s’estompe alors et les laisse dépouillés dans un décor psychédélique qui perd de son efficacité.

Présenté à La Licorne, jusqu’au 14 février.

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