DANS LA PEAU D’UNE OBÈSE

Girl-with-Puppet-artist-Fernando-Botero

J’avais 12 ans, mais j’avais l’air d’en avoir 17 physiquement. J’étais grande, MAIS ronde. Vous allez comprendre bien assez vite pourquoi j’y ajoute un « mais ».

À 12 ans, on a envie de se baigner et de rire avec ses copains sans se soucier de demain. À 12 ans, on a envie d’être belle sans devoir rien y faire, parce que la jeunesse c’est fait pour ça, être mignon sans trop d’effort, être insouciant et s’amuser.

Moi à 12 ans, je n’avais pas gros de fun parce que les vêtements pour enfants ne me faisaient jamais et que je devais m’habiller dans la section pour femmes chez Sears et Reitmans. Ça vous donne une idée du look « tendance » que j’avais. Je m’habillais avec du linge trois fois trop grand et trop vieux pour moi ce qui me donnait l’air d’une « petite matante » sumo. J’avais des joues pour deux et puis des cuisses potelées. J’étais l’enfant dodue, celle qui craint les cours d’éducation physique et qui se cache dans les toilettes en espérant qu’on l’oublie. J’étais l’enfant qui trouait ses pantalons entre les cuisses et pas seulement sur les genoux.

J’étais comme j’étais, dans un monde où on n’aime pas qu’il y ait des gens comme moi.

Je me souviens les cours d’éducation physique où je n’arrivais jamais à atteindre les standards et les défis lancés. Je me souviens la balance médicale sur laquelle il nous fallait monter. Nous, les rondes, nous attendions notre tour dans une angoisse cruelle d’être encore une fois reconnue hors norme, exclue de la société, exclue du stéréotype que l’on souhaitait voir sur nos corps.

Les pieds tremblants, je montais sur la balance, honteuse, avec tous ces garçons trop confiants assis sur le long banc de bois derrière moi. Ces mêmes garçons qui avaient tant ri de moi, ils étaient là à rire de tout et de rien et à discuter nonchalamment pendant que je vivais un des pires moments de ma vie. Je les détestais tant de faire de ma vie un enfer encore plus noir, mais eux, ils ne savaient pas qu’ils lacéraient une âme avec leurs mots tranchants. Ils étaient jeunes et cons. Demain, ils allaient rire encore, ils allaient me trouver laide, ils allaient se dire qu’ils méritaient mieux que moi. Ils me choisiraient encore la dernière pour jouer au ballon-chasseur ou au drapeau et tant qu’à moi, j’aurais préféré ne pas être choisie du tout. J’aurais préféré ne pas devoir subir ces humiliations constantes.

J’aurais voulu être une adulte tout de suite, car il me semblait que j’aurais enfin pu être libre et avoir une qualité de vie acceptable.

Maman était grosse et heureuse et elle vivait avec papa. C’était donc possible, d’avoir une vie avec un surplus de poids; une vie normale sans être pointée du doigt quotidiennement.

À 12 ans, lorsque j’allais à la foire avec ma sœur, je ne pouvais pas attacher les ceintures de certains manèges parce que mes cuisses étaient trop grosses, alors, l’opérateur devait faire un miracle pour que je puisse participer. J’avais peur de mourir. J’avais peur d’être trop pesante à moi seule pour le manège et qu’il crash par ma faute. Je me sentais déjà dysfonctionnelle, car tout conspirait à me le faire croire.

  • Les ceintures de sauvetages ne me faisaient pas.
  • Le métal des balançoires s’enfoncait douloureusement dans mes cuisses
  • Les poneys refusaient d’avancer au zoo…

Tout ce qui devait s’adresser à moi ne me convenait pas. Je me sentais pitoyable et seule dans ma catégorie.

C’était lourd à porter non seulement physiquement, mais mentalement.

On me disait indirectement « Tu es différente », mais on ne me donnait aucun outil pour être comme tout le monde.

J’étais laissée à moi-même dans un monde parallèle où inquiétudes et honte étaient bien trop présentes. J’avais des tracas d’adulte, mais des peurs d’enfants. Déraisonnablement, je m’étais résolue à ne jamais me marier parce que j’étais persuadée que je ne pourrais jamais trouver une bague et une robe qui pourraient être faites sur mesure pour moi tellement j’étais « hors norme ». Pourtant, je n’étais pas un cas d’obésité extrême, mais je me voyais immense; c’était du moins le feedback que la société me donnait de moi-même.

Malgré tout, j’avais du courage et de la confiance en moi qui sommeillait quelque part, à l’abri de la méchanceté. J’en avais suffisamment pour répondre aux commentaires blessants et me faire justicière des plus faibles. J’en avais suffisamment pour croire que j’avais un avenir prometteur et que je méritais moi aussi d’être aimée.

À 13 ans, à la surprise de plusieurs, j’ai eu mon premier amoureux. On m’avait tellement brisée, je peinais presque à croire que quelqu’un puisse voir en moi un reflet intéressant. Cette relation m’a permis de devenir une femme et d’accepter mes rondeurs et ma féminité. Durant ces 3 années passées ensemble, j’ai appris que je pouvais m’habiller autrement, dans un souci de laisser transparaître ma féminité et ma volupté sans chercher à la cacher. J’ai appris à m’aimer et à laisser quelqu’un d’autre en faire autant.

Le jour où mon amoureux m’a regardée pour la première fois, j’ai appris que j’étais belle. Depuis ce jour, je n’en ai jamais douté un seul instant, parce que j’ai compris que nos standards de beauté dépendent de notre ouverture d’esprit. J’ai compris que je ne plairais jamais à tout le monde et que de toute façon, il n’y avait pas de raison valable de plaire à tout le monde quand tout ce que nous souhaitons vraiment dans la vie c’est de plaire à LA personne qui NOUS plait.

Maintenant, mon poids n’est plus une embûche à ma vie et mes relations, et je m’en considère très choyée. Toutefois, ce genre de réalité ne s’oublie pas et marque à jamais une vie.

Je veux donc dédier cet article à tous ceux qui ont vécu ou vivent encore de la honte et/ou de l’intimidation face à leur corps…

Je veux leur offrir mon empathie et ma tolérance.


Je veux leur dire que je peux marcher moins vite à leur côté pour qu’ils reprennent leur souffle.


Je veux leur dire qu’on peut écourter nos promenades si leurs genoux n’en peuvent plus.


Je veux leur dire que je peux vérifier si la chaise est solide au restaurant.


Je veux leur dire que je comprends s’ils n’ont pas envie de sortir de la cabine d’essayage si elle n’a pas de miroir à l’intérieur.


Je veux leur dire qu’ils pourront déborder sur mon siège dans l’avion.


Je veux leur dire de ne pas écouter ces mots méchants ou blessants que certains auront bêtement lancés en leur direction.


Je veux leur dire de ne pas se sous-estimer, mais d’être fiers de qui ils sont.


Je voudrais leur dire tant de choses, mais surtout ceci :

Soyez-vous-mêmes, car c’est à la société à s’adapter à vous et non à vous à vous adapter à la société. Nous sommes tous et chacun la société, et nous la composons avec nos particularités et nos limites!

Soyons tolérants. Soyons ouverts à la différence, à la diversité et ce sous toutes ces formes. Soyons solidaires et gentils, car dans chaque corps vit un cœur et une âme.

Je vous souhaite la liberté de corps et d’esprit. Un petit pas à la fois.

Nous le méritons TOUS.

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16 Commentaires

  1. Ping : Le danger d’être belle |

  2. Johanne Blais

    Merci pour ton témoignage si touchant. Moi aussi j’ai vécu à peu près ta situation. On se moquait de moi, mais j’étais trop gênée pour répondre. Ça s’est poursuivi pendant plusieurs années et j’ai toujours eu un surpoids. Il y a près de deux ans que j’ai eu une opération bariatrique (sleeve). Jai perdu 127 lbs et je porte du 5 ans. Ça été très difficile (problème d’estomac) mais maintenant tout va bien et la vie est belle.

  3. Irann

    Merci pour cet article.
    J’ai toujours été trop grande par rapport a mon âge, à 10 ans je mesurais déjà 1m60, et quand j’ai arrêté de grandir à 11 ans et demi, je mesurais 1m78.
    Même si je n’étais pas grosse, mon corps était hors norme. Je m’habillais chee les adultes, et là ou les autres mettaient des vêtements en taille 10-12 ans, je mettais du 40-42 taille française. Et les gens se moquaient de moi à l’ecole.
    Je me suis créé une carapace et je ne complexais jamais, je prennais même des cours de ballet, en justaucorps et collants. Jusqu’au jour ou, alors qu’on essayait des costumes pour le spectacle, une de mes camarades, voyant que le tutu était trop juste a cause de ma poitrine, m’a regardé avec un regard méchant et m’a dit « tu comptes faire la représentation en plus? T’en as pas pas marre d’être grosse et de te ridiculiser? »
    Pour moi la danse était le seul moment ou personne ne me jugeait et ou j’étais libre de me défouler sans me sentir exclue.
    Ce jour là, les choses ont changé dans ma tête.
    J’ai abandonné la danse, et me suis mise au régime. J’ai perdu beaucoup de poids (je pesais 70 kilos et je suis tombée à 58 kilos pour 1m78) mais je me voyais énorme, toujours hors norme. J’ai continué a maigrir jusqu’à ce que je finisse en dépression à l’hôpital.
    J’y suis restée 1 an.
    A ma sortie, j’avais repris du poids, je pesais 65 kilos. Mais ça n’allait toujours pas.
    Je me suis enfuie de chez moi; et ai été vivre avec mon ex, qui m’a éloignée de tout et me forçait a manger.
    J’ai pris 60 kilos et suis montée a 125.
    J’ai finis par le quitter et je suis rentrée chez ma mère. Complètement dégoûtée de moi même, je me suis dit que de toutes façons quoi que je fasse, je serais toujours grosse.
    Puis j’ai été dans un parc d’attraction, et je ne rentrais pas dans le siège. Puis je suis partie aux États Unis pour les vacances, et bloquée entre deux personnes, je ne pouvais pas bouger pour ne pas trop deborder sur leur siège.
    Dans les trains, les accoudoirs me rentraient dans les cuisses.
    J’ai essayé un régime qui m’a fait perdre 34 kilos, et je descendais enfin sous la barre des 10des 100 kilos.
    Mais mon poids ne descendaut plus. Je mangeais 400 calories par jours, et je ne maigrissais plus.
    Je suis tombée malade, et on m’a donné de la cortisone, j’ai repris 20 kilos.
    Je pèse actuellement 120 kilos. Et je suis malheureuse dans mon corps. Mes hanches touchent les portiques du métro, j’ai plié deux tabourets chez moi…
    Il y a deux semaines, mon copain m’a emmené faire de l’accrobranche.
    Ils ont été obligé de me donner un harnais spécial, car mes hanches ne passaient pas. Ce qu’ils n’avaient pas prévu c’est que les bretelles allaient se desserrer sous mon poids et je me suis retrouvée bloquée car j’étais trop basse de 40 cm pour pouvoir monter sur la plateforme.

    Je suis mal dans mon corps, mais j’ai beau m’afammer, je ne maigris plus. Ma mère pense que c’est un bloquage psychologique.
    Et voir ce genre d’article me fait chaud au coeur, parce que ça me dit que même si on ne se connais pas, quelqu’un sait ce que ça fait.
    Merci et désolée pour le pavé, j’avais besoin.

    • Chère Irann,

      Notre corps porte toute notre histoire; nos blessures, nos peurs, nos souvenirs (les bons comme les moins bons). Votre histoire est très touchante et j’espère que vous pourrez la dénouer pour trouver un équilibre entre votre corps et votre esprit, endroit paisible et confortable où vous pourrez vous sentir belle et bien!

      Ayez confiance en vous! Vous avez la capacité de réussir tout ce que vous souhaitez et d’être tout ce que vous voulez!
      Et pourquoi pas renouer avec la danse? 🙂 Tout est possible!

      Je vous souhaite le bonheur et la santé.
      Bonne chance et merci du touchant partage.
      J’apprécie!

      Xxxxx

  4. Spartakus

    J’ai une question qui pourrait être gênante mais les gens qui sont en surpoids ou obeses le sont t’ils naturellement ou par gourmandise? Je crois que c’est les deux, mais dans le cas de la gourmandise, qu’est ce qui pousse à manger souvent? une habitude de jeunesse? ou pas?

    • À mon avis, il y a autant de raison d’être obèses que de personnes obèses.

      Effectivement, l’obésité est parfois du à de la gourmandise ou simplement à une mauvaise alimentation. Certains enfants n’apprennent pas à manger des repas sains et diversifiés si leur famille ne les éduque pas en ce sens, alors que d’autres rejettent en bloc les saines habitudes que leurs parents se sont évertués à leur enseigner.

      Selon moi, l’obésité est aussi dû au mode de vie effréné et toxique dans lequel notre société est ancrée selon moi. Nous courons constamment, nous mangeons sans en prendre conscience en regardant la télé, en conduisant, en faisant autre chose…nous ne prenons pas le temps d’écouter notre corps et de ressentir notre sentiment de satiété.

      Il y a le manque d’activité physique…
      Il y a aussi des gens qui ont des problèmes de santé sous-jacents qui causent un surplus de poids…
      Il y a les gens qui grossissent suite à un événement difficile dans leur vie.

      Mais au fond, est-ce vraiment important de savoir comment et pourquoi une personne est ce qu’elle est?
      L’important n’est-il pas d’accepter les gens tels qu’ils sont?

  5. Les enfants sont les reflets de leurs parents. Ceux qui raillent les autres sont certainement des Phoenix, des summums de perfection, des personnes très populaires. L’apparence physique est une des nombreuses différences pointées du doigt quand elles n’entrent pas dans la « norme ». Il en est d’autres tout aussi traumatisantes que l’obésité lorsqu’on est un-e représentant-e de cette différence.
    « Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale que d’être adapté à une société malade » (Krishnamurti)
    Cette phrase est pour moi une revanche sur tout une tripotée de petits monstres qui sont certainement devenus des gens très importants aujourd’hui, eux étaient adaptés et ont pu suivre une carrière scolaire dans un semblant de tranquillité voire de popularité. Aujourd’hui, pour moi certainement pas de vengeance en vue, juste une revanche franche et nette sur des idées stupides qui s’étendent partout où les hommes et les femmes passent. C’est contre l’injustice sous toutes ses formes qu’il faut lutter.
    « Dans une situation d’injustice, rester neutre c’est prendre le parti de l’oppresseur » Desmond Tutu
    J’ai un peu modifié la traduction directe de cette citation que j’affectionne, on m’en excusera. Ne pas laisser faire les gens quand ils agissent de façon tordue devant vous (vous tous qui me lisez) devrait être (et ça l’est pour certains) systématique. L’ouvrir (sa bouche) pour dire ce qu’on pense de ces gens « normaux » quand ils s’érigent sur un piédestal de normalité, eux qui sont adaptés à cette société et à ses moeurs idiotes, ça s’apprend, ça s’appelle avoir du caractère. Quitte à être identifié « comme lui – comme elle », moi ça me fait sourire, et ça me dérange pas, la solidarité sans failles est une force.
    La dignité est essentielle pour vivre. L’offrir à ceux à qui on l’a volé est un geste pas même glorieux ou valorisant, c’est simplement juste. Alors oui être juste, développer son caractère pour fermer le clapet à des discours pitoyables et nuisibles, tout ça est essentiel.
    Ton texte m’a touché.

  6. alex

    Je suis un gars qui a vecu sous la meme tyrannie jusqu’a mes 16 ans…noir, obese et portant des lunettes en France, pays hautement tolerant comme vous le savez! Je viens de lire ce tres beau texte. Chaque mot, chaque phrase est venue me chercher.
    Merci d’avoir pu trouver la force de coucher cette note d’espoir. Merci… Merci…Merci… Lire ce texte a ete liberateur.

    • Merci pour ton beau témoignage Alex. Bravo pour le courage dont tu as fais preuve! Je suis sûre qu’il a grandement contribué à la personne que tu es devenue aujourd’hui. J’espère que la vie est bonne pour toi maintenant! Xxxxxx

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