Le danger d’être belle

La beauté est si ingrate.

Lorsqu’on en a trop, on nous pointe du doigt, lorsqu’il nous en manque, on nous pointe du doigt.

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Trop belle, on est victime de notre hérédité, idem lorsqu’on n’est pas très jolie. Cependant, notre beauté, quelle qu’elle soit, nous appartient, On peut choisir de l’exploiter ou non, à bon ou mauvais escient, ou on peut simplement décider d’exister librement. Ce choix, c’est le choix de plusieurs belles femmes; exister librement, marcher la tête haute sans devoir fuir les regards et les commentaires disgracieux, être belle sans devoir en payer le prix, sans devenir victime de sa féminité, de sa liberté et de sa beauté.

Ces temps-ci, on parle haut et fort de cette culture du viol, de ce harcèlement à connotation sexuelle (parfois direct et agressif, parfois sournois et ambigu) dont de nombreuses femmes sont victimes. Une vidéo dans laquelle une jeune femme habillée « normalement » se balade « normalement » dans les rues de New-York dévoile une réalité aussi troublante qu’omniprésente: le harcèlement de rue. On y voit des réactions inquiétantes et dérangeantes des hommes qu’elle croise sur son chemin dans le but de la « courtiser », mais ces interactions douteuses, on les subit et les voit si souvent que même les femmes qui en sont victimes en viennent à les banaliser et les accepter.

Je l’avoue, j’ai moi-même cru un moment que c’était normal, qu’il fallait jouer le jeu, qu’il fallait tolérer ce harcèlement parce qu’au fond c’était des « compliments » et pourquoi pas chercher à être plus belle encore, parce que c’est le « rôle » d’une femme: plaire et être mignonne. Quelle connerie! Mais reste que c’est un peu ce qu’on met dans la tête de nos filles et de nos adolescentes, et puis, un jour, elles deviennent femmes avec toutes ces fausses croyances et cette dualité identitaire et sexuelle.

Elles se sentent souvent responsables du désir des hommes et ressentent la pression de le satisfaire, même lorsqu’elles n’en ont pas envie parce que sinon elles sont agaces, salopes ou saintes-nitouches.

Toute petite, on s’identifie à des princesses. On aime les robes, les bijoux, le maquillage; on joue à être PLUS BELLE, même si maman nous répète sans cesse qu’on est magnifique (tout comme grand-maman et les femmes à l’épicerie d’ailleurs), mais quand c’est grand-papa ou papa qui nous le dit c’est pas pareil. Y’a une fierté de plus, celle d’avoir séduit, celle d’avoir joué notre rôle de princesse jusqu’au bout…On cultive ça. Déjà. C’est dans l’air. On valorise le cuteness chez la femme, mais on lui dit: « Fais attention ma chérie, si tu es trop belle, ça pourrait être dangereux, mais si tu ne l’es pas assez aussi… Bonne chance!»

!!!!!!!!!!!!!!!!!! Bonjour les problèmes d’identité !!!!!!!!!!!!!

En vieillissant, on se rend ben compte qu’on ne sera jamais une princesse pis que des princes comme dans les films ça existe pas. On découvre que la séduction est un jeu dangereux et qu’il faut choisir avec qui on a vraiment envie de le jouer, ce jeu. On apprend aussi qu’on a aucune obligation de jouer à ce jeu si on ne l’aime pas…Encore plus si on ne l’a pas initié et qu’un inconnu, ou pire, une gang d’inconnus en rut nous l’impose à brûle pour point, sur un trottoir, sans signe d’ouverture de notre part.

Toutefois, sommes-nous vraiment libres de jouer ou non: à plaire, à séduire, à être sexy? Sommes-nous parfois, malgré nous, victimes de notre féminité? Moi, je dis que OUI.

Il y a 7 ans, j’habitais un quartier qui s’est avéré pratiquer une version cheap et toxique de la cruise de rue répandue en Italie. Cette année-là, j’ai eu à gérer le désir insistant d’hommes que je ne connaissais pas et qui ne m’intéressaient pas. En apparence, ils semblaient exprimer « un désir de communiquer », mais je savais pertinemment que leur réel désir était de me « consommer ». Au début, c’était presque amusant et flatteur comme phénomène, tous ces regards, ces flatteries, cet intérêt dirigé vers moi, mais je me suis vite rendue compte que je devenais craintive de sortir dehors et de me faire aborder avec insistance parce que je me ramassais prise dans toutes sortes de situations douteuses, inquiétantes et possiblement dangereuses. Au final, cela n’avait absolument rien de valorisant. C’était plutôt le contraire en fait.

J’étais un morceau de viande; des cuisses, des lèvres, de la jeunesse, qu’on convoitait avidement, mais moi je n’avais rien demandé. J’étais le symbole de la tentation et ce même si je ne cherchais pas à me faire remarquer. 

Parfois, lorsque je revenais de mes cours du soir et que je marchais un petit 8 minutes, des voitures ralentissaient et m’offraient des lifts, on a même déjà descendu de l’autobus en même temps que moi pour me demander mon nom et mon numéro de téléphone. On me demandait si j’avais un chum sans discussion préliminaire, sans déclencheur. On marchait à côté de moi, si j’accélérais le pas, on joggait à côté de moi; si j’ignorais, on parlait encore, on tentait autre chose, on me racontait des histoires abracadabrantes. Certains étaient très ingénieux et manipulateurs, d’autres pas trop subtils et courtois:

«WANNA FUCK?»

que l’un d’eux m’avait lancé en traversant la rue, un certain vendredi soir.

Au parc, c’était impossible que je demeure un après-midi seule à lire ou à écrire nonchalamment sur un banc. On venait s’asseoir à côté de moi, on se rapprochait un peu, on me bombardait de questions intimes et m’invitait partout où je n’avais pas envie d’aller. Puis, chaque fois, je devais quitter le soleil, le gazon et le bord de l’eau, malgré moi, pour ma dignité et  ma sécurité.

C’était une escalade de séduction cheap et plus j’y repense, plus je réalise à quel point cela était vicieux et sournois.

Avec du recul, je constate que c’est n’est pas toujours facile de repousser quelqu’un qui ne nous fait pas concrètement mal, quelqu’un qui est en apparence gentil avec nous, qui nous charme, qui nous sourit, qui nous complimente ou « qui veut juste nous parler »…Mais il faut garder la tête froide, l’instinct bien au chaud et imposer ses limites clairement en disant haut et fort:

NON. VA T’EN. LAISSE-MOI TRANQUILLE.

Les femmes ont peur; peur des hommes bizarres, trop à l’aise sans lien significatif, trop chasseurs, trop entreprenants, trop intéressés, trop insistants, parce qu’elles ne savent pas où cela s’arrêtera

Alors, elles préfèrent baisser les yeux, détourner les regards, ne pas sourire et faire semblant de ne rien entendre. Au cas ou. Le jour où j’ai compris ça, j’ai souris moins, parce que trop souvent on avait mal interprété ma gentillesse et je devais me protéger des grands méchants loups moi aussi.

Oui, j’ai parfois l’impression qu’on est toute un petit chaperon rouge à quelque part.

Si déjà, toute petite, maman nous disait droit dans les yeux: « Ne parle pas aux inconnus ma chérie » c’est qu’elle savait ce qui nous attendait, elle voulait nous prévenir pour les grands méchants loups.

Puis, comme maman a presque toujours raison, on aurait peut-être intérêt à l’écouter et faire attention aux inconnus, qui, sournoisement sur un trottoir, cherchent à nous dévorer.

 

Pour voir le vidéo qui circule sur le harcèlement de rue

Pour découvrir et participer au mouvement anti-harcèlement Hollaback

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Pour lire mon article précédent: Dans la peau d’une obèse

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